Interview


Présentation de l’album « Un autre regard… »

Avant-propos

L’écoute d’un album fait souvent naître l’envie d’en apprendre davantage sur chacun des titres qui le composent. L’interview présentée ci-dessous vous offre l’opportunité de découvrir ce qui a inspiré l’écriture des textes qui font partie de l’album « Un autre regard… ».

Bonne lecture à tous.


« Elle peint le ciel en bleu », le titre d’ouverture de votre album, nous parle de peinture. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Cette chanson propose le portrait d’une artiste qui pratique son art par passion et avec une grande authenticité. Son style est exigeant car elle représente le réel, ce qui n’autorise pas la moindre erreur d’ombre, de perspective ou de couleur. Cependant, elle vit cette passion de façon épanouissante car peindre est pour elle un pur moment de bonheur… comme en témoigne d’ailleurs la couleur de ses ciels.

Avec le titre « La chanteuse », vous nous parlez des difficultés du métier de chanteuse mais avec beaucoup de philosophie. Comment avez-vous abordé la question ?

Ce titre traite avec un certain recul (et même une pointe de second degré) la condition d’artistes devant souvent affronter le scepticisme de leurs proches face à leur choix professionnel. On y découvre ainsi une chanteuse qui manifeste ici une détermination sans faille. Mais ce qu’on comprend surtout, c’est qu’elle n’abandonnera pas de sitôt son rêve… qui n’a d’autre ambition que d’apporter de la joie dans les cœurs.

« Le grain de sable » est un titre empreint d’une certaine gravité. De quoi parle-t-il exactement ?

Même si son texte pourrait être interprété comme le témoignage d’un sentiment amoureux qui s’estompe, cette chanson fournit en fait plusieurs indices qui permettent de comprendre sa véritable nature. Il est question de mémoire dévastée, de rouages de la pensée qui se grippent, d’une absence insensée que la présence physique rend d’autant plus difficile à supporter, … Ce thème délicat est en réalité celui de la maladie d’Alzheimer qui s’apparente souvent à un drame quotidien pour le conjoint du malade. Cette chanson mérite donc sans doute d’être réécoutée en tenant compte de cet éclairage particulier. Et même si les circonstances sont assez tragiques, cela reste avant tout une chanson sur l’amour mais également sur le dévouement.

« Différents » est une chanson qui met en valeur le rôle de la sincérité dans les rapports amoureux. Pourriez-vous nous décrire les aspirations de votre héroïne ?

Cette chanson nous raconte l’histoire d’une femme qui sort d’une relation infantilisante. Elle a également connu les petits voire les gros mensonges malgré les belles promesses auxquelles elle avait pourtant cru. Elle se confie à son nouvel ami en espérant qu’ils sauront être honnêtes l’un envers l’autre et qu’ils pourront aussi partager leurs désirs dans l’intimité. Mais ce qu’elle souhaite par-dessus tout, c’est qu’en se parlant, ils puissent s’aimer tout en restant eux-mêmes.

Avec « L’étrangère », c’est un thème social qui est abordé, à savoir le déracinement. Pouvez-vous nous raconter comment est née cette chanson ?

Il y a quelques temps déjà, mon chemin a croisé celui d’une jeune réfugiée. Celle-ci m’a parlé des horreurs de la guerre et des persécutions dont son peuple est toujours victime. Ce fut l’un des témoignages les plus bouleversants de ma vie. Ensuite, elle a rejoint une soirée dansante et est partie flirter comme toutes les jeunes filles de son âge. Je me suis demandé comment on pouvait trouver l’amour quand on traîne une telle peine avec soi. J’ai donc écrit cette chanson dans l’espoir que sa détresse puisse enfin être entendue.


« Un autre regard » est une douceur instrumentale qui fait le lien entre les deux parties de l’album. Qu’avez-vous à nous dire à son propos ?

Il s’agit d’un interlude musical qui précède la partie « Au masculin » de l’album. Ce titre est en fait ma toute première composition.


« Le bal du lycée » nous raconte le parcours sentimental d’un adolescent. Quel en est en réalité le thème ?

Sujet plus généralement masculin, ce slow aborde le thème de la timidité… celle qui rend muet ! Dans notre culture, on considère que c’est le plus souvent au garçon qu’il appartient de faire le premier pas. L’adolescent qui est dépeint dans ce texte est secrètement amoureux de la reine du bal de son lycée. Il espère qu’elle percevra son amour alors qu’il est incapable de l’exprimer. Au prix d’un effort colossal, il parvient à l’inviter à danser mais il se retrouve impuissant à lui parler des sentiments qu’il éprouve pour elle. L’épilogue de cette chanson est quelque peu ambigu car on ne sait pas trop s’il souhaite qu’elle fasse enfin attention à lui ou si, au contraire, il a sombré dans la folie… au point de lui en vouloir de ne pas avoir su détecter l’indétectable. Ce texte est donc l’occasion de mettre en lumière cette timidité maladive qui tourmente bien des jeunes et dont les adultes ne prennent pas toujours réellement la mesure.

Avec « Yamina », vous vous préoccupez de la condition de la femme. Pourriez-vous nous décrire la vie de votre Yamina et les origines de ce prénom ?

Yamina est un prénom arabe très ancien. Il n’est rattaché à aucune religion en particulier. C’est important car il ne faut pas faire d’amalgames avec des religions bien établies et certaines coutumes d’un autre âge… mais qui se perpétuent encore aujourd’hui. Dans le cas de cette chanson, Yamina vit malheureusement confinée car une tradition archaïque familiale veut qu’on la préserve pour le mariage. Elle rêve pourtant d’un grand amour, de pouvoir voler de ses propres ailes mais surtout d’être libre de ses choix. Cette chanson évoque évidemment la question du mariage forcé mais aussi, plus généralement, de la tyrannie dont trop de femmes sont encore les victimes. Si l’on a l’esprit humaniste et que l’on se pose en défenseur de nos libertés fondamentales, de telles situations sont bien entendu inacceptables. Avec ce texte, c’est un message d’espoir et d’encouragement qui est adressé à toutes les Yamina qui sont confrontées à ces pratiques dépassées et qui font dès lors face à ce choix inéluctable : partir… ou subir.

Le titre « Partir » met en parallèle nos droits fondamentaux et le droit au décès. Quels enseignements y a-t-il à en tirer ?

Qui a envie de se représenter l’heure de sa mort ? S’il y a bien un sujet qui est pourtant universel, c’est bien celui-là : tout le monde est concerné ! On l’oublie souvent, les droits que l’on considère aujourd’hui comme acquis n’ont pas toujours fait partie de nos vies. On peut divorcer, se marier (y compris entre gens du même sexe), adopter, avorter, … En revanche, en 2020, on ne peut pas avoir accès au suicide assisté si ce n’est en Suisse ou, plus récemment, de façon semblable dans d’autres pays (quelles que soient alors nos motivations). Quant à l’euthanasie, une demande peut être introduite auprès d’un médecin qui devra se soumettre à plusieurs contraintes si bien que, en fonction de l’état de santé général du patient, celle-ci pourrait tout à fait donner lieu à un refus. Cette chanson ne prend pas ouvertement parti mais rappelle cependant quelle est la situation actuelle : on ne dispose pas de sa vie !

« Ma langue française » est probablement une des chansons les plus poétiques de l’album. Quel est le sujet que vous avez choisi ?

Cette chanson évoque une relation empreinte de sensualité entre le narrateur et sa langue maternelle. Par la grâce d’un poème voluptueux, celui-ci y fait sa déclaration d’amour. Les couplets sont rédigés avec une subtilité qui est soudainement interrompue par la dernière phrase qui précède le refrain. Ce dernier se déploie alors dans la simplicité et dans le bonheur. Il y a cependant deux lectures possibles de ce texte : en effet, on peut écouter cette chanson sans en connaître le titre. Dans ce cas, la chute réserve une surprise… puisque ce n’est qu’à la fin qu’on découvre que l’objet de cette déclaration est en réalité l’amour de la langue française.


L’album « Un autre regard… » propose un épilogue, à savoir le titre « Gauguin » de Pierre Rapsat. Pourriez-vous nous en dire plus ?

J’éviterai ici de me lancer dans un résumé de ce merveilleux titre que l’on doit au tandem Pierre Rapsat – Eric Van Hulste. En effet, ce texte n’est pas le mien. Je peux juste dire qu’il me touche particulièrement car obtenir la reconnaissance de ses pairs ou du public n’est pas chose aisée pour un artiste encore inconnu et le chemin peut être très long. C’est donc sous la forme d’une reprise que cet album se clôture définitivement… sur une note d’encouragement à l’attention de toutes celles et ceux qui choisissent d’aller jusqu’au bout de leurs rêves.

 

(Interview menée en collaboration avec Laurence P.)